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L'argent de la paix

Samedi 30 Octobre 2021 - 17:45

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Les autorités de Bangui projettent de convoquer, d’ici à la fin de cette année, un dialogue « républicain » au cours duquel les Centrafricains échangeront sur la nécessité de rétablir la confiance entre eux et penser à construire leur nation dans un environnement enfin apaisé. Envisagé de longue date, ce conciliabule tarde à se réunir du fait de la persistance de nombreux écueils. Parmi lesquels l’activisme des groupes armés et la difficile mobilisation des moyens financiers nécessaires à la tenue de celui-ci dans les meilleures conditions.

Sur la première question, les violons ne s’accordent toujours pas entre le gouvernement et les rebelles qui rechignent à déposer les armes. Pour l’exécutif centrafricain, tant que les insurgés ne renonceront pas à la violence armée, ils ne seront pas les bienvenus aux retrouvailles dont l’objectif, insiste-t-il, est de montrer aux yeux du monde que toutes les parties prenantes à la crise œuvrent à la réconciliation en dehors de toute pression nuisible au rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. En d’autres termes, l’occupation des régions entières par les groupes armés qui veulent à la fois dialoguer n’est pas admissible.  

Le 15 octobre, le président Faustin Archange Touadera avait décrété un cessez-le-feu unilatéral, considéré par les observateurs comme un début de réponse à l’impératif de baliser le chemin du dialogue attendu. La Coalition des patriotes pour le changement – CPC-, la rébellion qui a tenté en vain de prendre la capitale centrafricaine en début d’année et dont le coordonnateur général serait l’ex-président François Bozizé, déclarait prendre acte de cette ouverture du chef de l’Etat avant de dénoncer, du temps après, la violation de la trêve par la partie gouvernementale.

Aguerri pourrait-on dire par les épreuves, le pouvoir centrafricain parvient jusqu’à présent à contenir les assauts des rebelles. Ce résultat qui ne signifie pas la fin du conflit est rendu possible grâce à l’appui des Casques bleus de la Minusca, des unités rwandaises et des instructeurs russes devenus la pomme de discorde entre la Centrafrique et certains de ses partenaires occidentaux. Ce qui est vrai, ces contingents étrangers sont là pour suppléer une armée centrafricaine sevrée par des déchirements que connaît ce pays depuis de longues années par l’embargo sur les armes qui le frappe et contre lequel à son corps défendant Bangui se fait inaudible.

S’agissant du second écueil qui gorge la route du dialogue voulu par les Centrafricains, il est technique et financier. Quelque 450 délégués prendront part à cette rencontre dont la date n’est pas encore fixée. La CPC n’y sera peut-être pas représentée si elle ne consent pas à remplir les préalables évoqués plus haut. D’un certain point de vue, à terme, les autorités banguissoises se rendront compte qu’elles ne seraient pas parvenues à dialoguer avec tout le monde. Dans une certaine mesure aussi, peut-être que le problème de fond n’est pas tant la présence du mouvement armé de l’ancien président Bozizé. Bangui n’a en effet pas encore réuni l’argent qu’il faut pour organiser son forum « républicain ».

Selon diverses sources, il faudra un peu plus d’un demi-milliard FCFA pour organiser le dialogue. A ce jour, cet argent de la paix faisant défaut, les dates glissent. La Centrafrique a lancé des appels aux partenaires multilatéraux et avoue ne pas être capable de tenir ses engagements s’il n’y a pas d’argent. Les amis de Bangui, la communauté internationale devraient peut-être s’engouffrer dans cette brèche de la main tendue pour exiger des autorités centrafricaines un assouplissement en direction des rebelles en guise de contrepartie des sommes d’argent qu’ils seraient prêts à disposer pour la bonne tenue de ces assises dont le pays de Barthelemy Boganda a tant besoin pour redémarrer. Le chemin est encore long, il faut l’avouer.

Gankama N'Siah

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