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Mali : dossards de libérateurs !

Dimanche 22 Septembre 2013 - 19:05

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Pour un début de mandat, celui du nouveau président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, aura été solennel. Comme l’a attesté la présence de plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement à la cérémonie du 19 septembre, laquelle a mis sur la sellette, outre le nouveau dirigeant malien lui-même, François Hollande, le président français, Idriss Déby Itno, le chef de l’Etat tchadien, Alassane Ouattara, leur homologue ivoirien. Tous se sont félicités de l’avènement d’un nouveau Mali qui n’aurait pas été possible sans l’appui de leurs Etats respectifs. 

Dans cette distribution des rôles au stade du 26 mars de Bamako, où se jouaient les préférences parmi les invités de marque d’IBK, François Hollande était sans conteste le libérateur-en-chef. La presse hexagonale faisait, lyrique, dans « le général Hollande ». Dossard numéro 1, en raison de la décision courageuse et judicieuse qu’il avait prise, au bon moment, de frapper et anéantir les bases terroristes qui écumaient le Nord du Mali. Idriss Deby Itno endossait volontiers le dossard de libérateur numéro 2, du fait de l’engagement au sol, déterminant, de soldats tchadiens contre les djihadistes. Alassane Ouattara, dossard numéro 3 qui, en plus de sa veste de président de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), jouit de l’influence indéniable de son pays, la Côte d’Ivoire, dans la région ouest africaine. 

Est-ce à dire que les autres chefs d’Etat et de délégation ayant pris part à l’émouvant début de mandat d’IBK n’ont rien fait pour accompagner le Mali durant les épreuves de feu ? Non, sans doute. Il serait injuste, par exemple, de traiter par le mépris le rôle laborieux, certes, mais utile joué par le Burkina-Faso dans l’entre-Putsch du 22 mars et l’installation de la transition honorablement dirigée par Dioncounda Traoré.  Pour ce qui est l’Afrique de l’Ouest toujours, le Nigeria ou encore le Niger ont des soldats sur place au Mali. 

Plus loin de là, autant que faire se peut, le Congo est, en Afrique centrale, le pays qui a disposé des moyens de transport troupe pour les vaillants soldats tchadiens. Ce n’est pas de le souligner dans un discours qu’il est question ;  c’est de s’abstenir de trouver du plaisir à occulter de tels engagements. On le voit, en terme d1e soutiens à sa cause, le Mali qui sort d’un grave conflit armé et fort heureusement d’une élection présidentielle exemplaire peut se tenir tranquille. 

La France, ancienne puissance colonisatrice est aux avant-postes, l’Afrique de l’Ouest, la région de son encrage géostratégique est de cœur, y compris d’autres pays à travers tous les continents, y compris l’Union africaine, l’Union européenne et l’Organisation des Nations unies. Il restera à chacun de ces partenaires de lier la parole à l’acte, de sorte que les nombreuses promesses soient tenues, car la voie de la réconciliation sur laquelle s’engage le Mali aura plusieurs étapes. D’abord le traitement du noyau dur du conflit que représentent les factions rebelles. Elles ont adhéré à un accord de cessation des hostilités, il leur faut montrer de la disponibilité à l’appliquer. Le Mali pourrait toujours compter sur le fait qu’à tout moment, lorsque les canons tonneront à nouveau, le secours de ses alliés sera prompt. «  Nous resterons ! », a lancé François Hollande pour assurer Bamako de l’omniprésence de Paris à ses côtés. 

Une autre dimension de la réconciliation malienne concerne la société civile dans son ensemble. Ayant été affecté par une litanie de coups d’Etat comme la plupart de pays africains indépendants dans les années 1960, le Mali a dû faire de nombreux mécontents depuis le renversement du premier président du pays, Modibo Kéita, en 1968, par le général Moussa Traoré. Lui-même avait été déposé par l’autre général, Amadou Toumani Touré, que n’a pas pardonné le capitaine Sanogo, échaudé à son tour par la pression de la communauté internationale.

Autant de déchus, de déçus et de mécontents qui, au même titre que les groupes armés décriés méritent une place au soleil dans le nouveau Mali d’IBK. Comment ne pas dire que cet homme hérite d’une situation exceptionnelle ? Comment ne pas penser qu’il aura toujours le regard tourné vers ses partenaires dont ceux qui ont revêtu la vareuse de libérateurs l’autre jour ? Comment, enfin, ne pas penser que le premier défi pour tous consistera à mieux organiser les élections législatives à venir ?

Gankama N’Siah

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Édition Quotidienne (DB)

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