Paris–Nouakchott : la visite de Mohamed Ould Cheikh el Ghazouani révèle le grand retour stratégique de la Mauritanie

Mercredi 22 Avril 2026 - 0:02

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Sécurité sahélienne, milliards d’investissements et repositionnement diplomatique : une visite d’État qui redessine les équilibres entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.

La visite d’État de Mohamed Ould Cheikh el Ghazouani en France, accueilli par le président Emmanuel Macron la semaine dernière, marque un tournant stratégique dans les relations euro-africaines. Première visite à ce niveau depuis plus de trente ans, elle intervient dans un contexte de recomposition accélérée des équilibres au Sahel et de compétition accrue entre puissances internationales. « La Mauritanie est un partenaire clé », a déclaré Emmanuel Macron, saluant « une voie d’indépendance stratégique » dans une région fragilisée par les crises sécuritaires.

Cette reconnaissance n’est pas anodine : alors que plusieurs pays sahéliens ont basculé dans l’instabilité, la Mauritanie fait figure d’exception, n’ayant connu aucun attentat majeur depuis 2011. Sur le plan sécuritaire, Paris voit en Nouakchott un verrou stratégique entre Maghreb et Afrique subsaharienne. Ancien chef d’état-major et président depuis 2019, Ghazouani incarne cette doctrine de stabilité. Son profil militaire et son rôle à la tête de l’Union africaine entre 2024 et 2025 renforcent sa crédibilité internationale.

Mais l’enjeu dépasse la sécurité. La visite a été marquée par une intensification des partenariats économiques. Près de quarante entreprises françaises sont déjà implantées en Mauritanie, employant plus de 2 000 personnes. L’investissement du groupe Meridiam (155 millions d’euros dans le port de Nouakchott) illustre cette dynamique. À cela s’ajoutent des projets structurants : modernisation des infrastructures hydrauliques avec une augmentation de 50 % des capacités d’eau pour la capitale, ou encore 40 millions d’euros investis dans l’énergie. Cette offensive économique s’inscrit dans une logique géoéconomique plus large. La Mauritanie, riche en ressources gazières offshore et située sur l’axe Atlantique, attire l’attention d’une Europe en quête de diversification énergétique. Elle devient ainsi un hub émergent entre Afrique, Europe et monde arabe.

Sur le plan diplomatique, cette visite traduit une volonté de refonder la relation franco-africaine. « Un signal d’amitié, de confiance », selon Macron, mais aussi une réponse aux influences croissantes de la Chine, de la Russie ou de la Turquie sur le continent. La tenue d’un forum d’affaires franco-mauritanien à Paris confirme cette ambition d’ancrer la relation dans l’investissement plutôt que dans l’assistance. Enfin, la dimension humaine et migratoire n’est pas absente. La Mauritanie accueille plus de 300 000 réfugiés à l’Est du pays, un effort salué par Parisla France comme un « sens des responsabilités ». Ce rôle humanitaire renforce sa position dans les négociations internationales sur les flux migratoires.

Au-delà des symboles, cette visite révèle une réalité stratégique : la Mauritanie s’impose comme un acteur pivot dans une région en recomposition. Entre stabilité sécuritaire, potentiel économique et position géographique clé, Nouakchott devient un partenaire incontournable pour Paris en quête de redéploiement en Afrique.

Noël Ndong

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