Santé: le cancer gagne l'Afrique dans l'indifférence de la communauté internationale

Jeudi 12 Mars 2015 - 10:34

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À en croire l'eurodéputé Pedro Silva Pereira, du groupe S&D, certains États européens seraient moins enthousiastes à l'idée d'allouer des ressources pour financer la lutte contre le cancer dans les pays en développement. Ils comptent le faire savoir lors de la prochaine conférence sur le financement du développement qui se tiendra en juillet prochain, à Addis-Abeba (Ethiopie).

Longtemps considéré comme l’apanage des pays riches, le cancer a gagné l’Afrique, où le nombre de décès grimpe dans une certaine indifférence de la communauté internationale. Ce nouveau fléau sanitaire africain trouve un terreau propice, à cause de l'absence totale de prévention, d'infrastructure et de personnel médical, un diagnostic tardif.

70% des décès dus au cancer surviennent plutôt dans les pays en développement soumis désormais au développement du mode de vie occidental. D'après les chiffres recensement 2012 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), sur les 14,1 millions de nouveaux cas de cancer recensés et 8 millions de décès dans le monde, la majorité, surviendrait dans les régions en développement. À cette allure, l'OMS table sur 22 millions de nouveaux cas d'ici à 2030. Or beaucoup de ces décès peuvent être évités, d'après le directeur de l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIE), Yukiya Amano, si l'on mettait à la disposition des ces pays, équipements et professionnels expérimentés.

Bien que ces estimations soient restées fractionnaires, à cause de l'absence de systèmes fiables de collecte des données sanitaires en Afrique, l'OMS estime, pour l'année 2012, à 645 000 le nombre de cas de cancer, dont 456 000 ont été mortels.

Le directeur de l'Alliance mondiale contre le cancer (AMCC), Pierre Bey regrette que « la prise de conscience par les États d’Afrique subsaharienne que le cancer va devenir le principal problème de santé publique dans les 20 ou 30 ans à venir reste très partielle », avec un manque d'investissement réel dans les politiques de santé. Or en 2001, les pays africains s’étaient engagés à travers la Déclaration d'Abuja, à affecter 15 % de leur PIB au secteur de la santé, mais ils n'y consacrent en moyenne que 3 %, ciblant prioritairement le sida, le paludisme et la tuberculose.

Grands pourvoyeurs d'aide au développement, les pays développés n'attachent que peu d'importance à la lutte contre le cancer relégué loin derrière le sida, la tuberculose, le paludisme et l'Ebola. Il existe très peu de programmes internationaux pour la lutte contre le cancer. Seulement 5% des ressources mondiales contre le cancer y seraient dépensées dans les pays en développement.

Pierre Bey appelle à cibler l'action sur les cancers guérissables, comme ceux des enfants ou des jeunes adultes ou le cancer du col de l'utérus, qui sont des cancers évitables, malgré la faiblesse des système de santé. Avec 528 000 nouveaux cas par an, le cancer du col utérin est le 4ème cancer le plus fréquent chez les femmes dans le monde, notamment en Afrique subsaharienne - diagnostiqué chez 34,8 femmes sur 100 000, et un taux de morbidité supérieur aux 65%, contre 26% environ en Amérique du Nord, selon le centre international de recherche sur le cancer.

Les pays en développement sont les principales victimes de hausse des cancers, qu’ils subissent en parallèle de la hausse de l’espérance de vie de leur population et alors que la lutte contre les maladies infectieuses (sida, tuberculose) est toujours en cours. 

 

. Encadré 1 : Les Principaux types de cancer

Le cancer est une cause majeure de décès dans le monde à l’origine de 8,2 millions de décès en 2012. Les principaux types de cancer sont les suivants:

  • cancer du poumon (1,59 million de décès)

  • cancer du foie (745 000 décès)

  • cancer de l’estomac (723 000 décès)

  • cancer colorectal (694 000 décès)

  • cancer du sein (521 000 décès)

  • cancer de l'œsophage (400 000 décès).

  • Encadré 2 : La cause du cancer

  • Le cancer apparaît à partir d’une seule cellule. La transformation d’une cellule normale en cellule tumorale est un processus passant par plusieurs étapes. Il y a classiquement une évolution vers une lésion précancéreuse puis vers une tumeur maligne. Ces modifications proviennent des interactions entre les facteurs génétiques propres au sujet et des agents extérieurs pouvant être classés en trois catégories:

  • les cancérogènes physiques, comme le rayonnement ultraviolet et les radiations ionisantes;

  • les cancérogènes chimiques, comme l’amiante, les composants de la fumée du tabac, l’aflatoxine (contaminant des denrées alimentaires) ou l’arsenic (polluant de l’eau de boisson);

  • les cancérogènes biologiques, comme des infections dues à certains virus, bactéries ou parasites.

  • Encadré 3 : Facteurs de risque du cancer

    Le tabagisme, la consommation d’alcool, une mauvaise alimentation et la sédentarité sont les principaux facteurs de risque dans le monde. Certaines infections chroniques sont des facteurs de risque pour le cancer et ont une grande importance dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

    Le virus de l’hépatite B (HBV), le virus de l’hépatite C (HCV) et certains types de papillomavirus humain (HPV) augmentent respectivement le risque de développer un cancer du foie ou du col de l’utérus. L’infection à VIH accroît fortement le risque de développer un cancer comme celui du col de l’utérus.

    Encadré 4 : Comment réduire la charge du cancer?

    On peut réduire et endiguer le cancer en appliquant des stratégies fondées sur des bases factuelles pour la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge des patients. Avec une détection précoce et un traitement adéquat, les chances de guérison sont grandes pour de nombreux cancers.

    Encadré 5 : Comment modifier et éviter les facteurs de risque

    On pourrait éviter plus de 30% de la mortalité due au cancer en modifiant ou en évitant les principaux facteurs de risque, à savoir:

  • le tabagisme;

  • la surcharge pondérale ou l’obésité;

  • À lui seul, le tabagisme est le facteur de risque cancéreux le plus important, entraînant dans le monde plus de 20% de la mortalité par cancer et environ 70% des décès par cancer du poumon. Dans de nombreux pays à revenu faible, jusqu’à 20% des décès par cancer sont dus aux infections à HBV et à HPV.

  • la consommation insuffisante de fruits et légumes;

  • le manque d’exercice physique (sédentarité);

  • la consommation d’alcool;

  • l’infection à HPV sexuellement transmissible;

  • l’infection à virus HBV;

  • les rayonnements ionisants et non ionisants;

  • la pollution de l’air des villes;

  • les fumées à l’intérieur des habitations dues à l’utilisation de combustibles solides par les ménages.

  • Encadré 6 :  Stratégies de prévention

  • éviter les facteurs de risque énumérés ci-dessus;

  • vacciner contre le virus du papillome humain (HPV) et contre le virus de l’hépatite B (HBV);

  • lutter contre les risques professionnels;

  • réduire l’exposition aux rayonnements non ionisants provenant des UV;

  • réduire l’exposition aux rayonnements ionisants (imagerie diagnostique professionnelle ou médicale).

Noël Ndong