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Un sommet à sec

Samedi 9 Octobre 2021 - 18:20

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Seulement un chef d’Etat, le président français en l’occurrence, a réuni, vendredi 8 octobre, à Montpellier, dans l’Hexagone, le sommet France-Afrique. Contrairement à la tradition observée par ses prédécesseurs depuis 1973, année de la première rencontre entre les deux parties, Emmanuel Macron ne s’est pas entouré de ses homologues africains pour traiter de l’avenir de la relation soixantenaire qui lit l’Afrique indépendante à la France. Etant celui qui a l’initiative de la distribution du carton d’invitation, il a choisi de tendre la main à la société civile et à la diaspora africaines détentrices, devrait-on dire, d’une expertise susceptible de donner un peu plus de chance au décollage du vieux partenariat franco-africain.

Où pourrait mener cette innovation ? Comment répercuter le succès, s’il s’en trouve un, de cette nouvelle vision des choses à ceux ou celles qui, dans les Etats qu’ils dirigent, détiennent, tout bien considéré, la clé de la mise en œuvre des politiques publiques ? La démarche d’Emmanuel Macron à laquelle il a associé douze personnalités africaines agissant en un comité de réflexion a évidemment suscité beaucoup de réactions sur le continent et en France. Globalement, ceux qui la prennent pour du « théâtre » dénoncent une affiche électoraliste déployée par le locataire de l’Elysée qui ambitionnerait de solliciter un second mandat à la tête de son pays dans sept mois ; ceux qui l’approuvent y voient le début de la fin de la françafrique, cette variable jugée « cabalistique » de la relation entre l’ex-pays colonisateur et ses anciennes colonies.

Telle qu’elle s’est installée, la polémique suscitée par le sommet inédit de Montpellier ne s’arrêtera pas de sitôt. Sans que l’on ait besoin de savoir qui a raison, qui a tort, un constat s’impose tout de même. Il est celui de l’échec de la relation construite jusque-là par la France et l’Afrique autour de la volonté d’œuvrer au développement d’un partenariat profitable à tous. La question qu’il faut se poser cependant est celle de savoir si les retrouvailles de Montpellier dépasseront l’étape des intentions déclamatoires développées au cours de celles-ci. Car si comme le dit l’adage « les absents ont toujours tort », le fait est qu’au lieu qu’ils le soient tous, ces « absents », en particulier les autres chefs d’Etat du partenariat Afrique-France, ont eu un représentant dans le Sud de la France.

Ne pouvant avoir pour collègues chefs d’Etat ses quelque 3000 invités, et sachant que dans la marche des nations la relation d’Etat à Etat prime sur d’autres considérations, pour leur avoir en quelque sorte volé la vedette de la mobilisation de « leur » jeunesse, Emmanuel Macron pourrait être accusé par les « grands » absents de Montpellier de vouloir « voler » à l’Afrique les énergies dont elle a besoin pour penser son développement. Ses pairs africains pourraient lui reprocher de parler tout seul à des jeunes gens qui n’habitant pas que chez lui, en France, feraient mieux d’adresser à tous les chefs d’Etat réunis le message de changement qui leur tient à cœur. Il faut, en effet, craindre que rentrés chez eux et attendant en vain la concrétisation des engagements pris durant leur séjour en France, ces Montpelliérains d’Afrique ne déportent leurs désespoirs sur des inerties imputées à ceux qui n’étaient pas présents au moment où ces engagements étaient pris.

Au lendemain des indépendances africaines, un certain nombre de tirailleurs sénégalais démobilisés à la fin de la Seconde Guerre mondiale se présentèrent dans leurs pays respectifs comme un recours de salut public. Ils devinrent chefs d’Etat par le raccourci des pronunciamientos. On ne saurait dire si ces méthodes fortes n’ont pas participé à construire une Afrique vouée à la violence et faisant du surplace depuis soixante ans comme on l’entend souvent dire. Parmi les pourfendeurs du continent, on compte ceux et celles qui la blâment de vouloir puiser sa vision du développement dans ses propres valeurs. Il n’est pas évident que l’Afrique progresse si elle renie sa propre histoire.    

Gankama N'Siah

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