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Afrique: les transitions se prolongent

Samedi 23 Avril 2022 - 19:34

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Dans cinq pays africains en transition politique, le retour à l’ordre constitutionnel prend le large. A cause des problèmes endogènes et exogènes complexes, à cause aussi de la nature de ce que l’avenir, estimé comme « une page blanche » par un penseur du siècle dernier, Victor Hugo en l’occurrence, peut prêter à équivoque : on ne sait toujours pas ce qu’il nous réserve. Les dirigeants en poste dans ces pays-là y songent-il peut-être assez fortement. Le temps des impasses.   

Commençons par le Soudan.  En avril 2019, les militaires destituent le président Omar El-Béchir à la suite d’une série de manifestations de rues des forces dites de la liberté et du changement. Les hommes en treillis veulent rester en poste pendant longtemps et se heurtent à la pression populaire. Une place est faite à un régime négocié intégrant l’armée et les civils. Le Premier ministre Abdallah Hamdok, issu de ce consensus, est désigné en août 2021.

On croit à l’avènement d’une transition démocratique au Soudan, mais les espoirs sont vite douchés par les tombeurs de l’ex-président. Ils compliquent la vie au Premier ministre, l’écartent du pouvoir, le reprennent, puis à nouveau l’écartent cette fois définitivement. Considéré comme l’homme fort du pays, le général Abdel Fattah Abdelramane Al-Burhan, nommé à la tête de l’institution militaire transitoire, fait toujours face à une contestation de son autorité par la rue, mais bénéficie du soutien de puissances régionales et extérieures. Il ne presse pas le pas.

Le Mali. Combien de temps doit durer le régime d’exception installé en 2020 après la chute du regretté président Ibrahim Boubacar Keïta ? Cette question résume le climat des relations entre ce pays, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest-CEDEAO- et la communauté internationale, à travers la France, partenaire historique du Mali. Ces instances ont beau prier Bamako d’écourter la transition au départ fixée à dix-huit mois, rien n’y est fait. Après quasiment deux années d’exercice, sous la direction du colonel Assimi Goïta, les autorités provisoires n’envisagent les élections qu’au bout de deux autres années supplémentaires. Elles l’ont expliqué à la fin de la semaine dernière.

Guinée. On aime dire Guinée Conakry pour distinguer le pays de Sékou Touré des autres nations du même nom. Les militaires ont évincé le président Alpha Condé, le 5 septembre 2021. Gardé en résidence surveillée pendant un long moment, il avait obtenu de se soigner à l’étranger puis est rentré. Demandez le programme de fin de la transition aux hommes emmenés par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, il se fera attendre. Le régime a lancé des consultations en vue d’une large concertation nationale, donnant aux observateurs le sentiment de ne pas se plier aux pressions extérieures.

Burkina Faso. Assez exceptionnel ! On croyait la transition en place renvoyer à plus tard le dénouement du procès Sankara, du nom de l’ancien président emporté par un putsch le 15 octobre 1987. Non. Les lourdes condamnations prononcées à l’encontre des présumés auteurs du forfait ont marqué les esprits. Comme si les militaires ayant renversé le président Christian Kaboré en début d’année voulaient prévenir un éventuel retour en grâce des successeurs de Thomas Sankara. Malgré tout, à Ouagadougou, la feuille de route pour le retour à la vie démocratique s’élabore sur un long terme.

Le Tchad enfin. Doha, la capitale du Qatar, accueille depuis quelques jours les pourparlers devant dessiner les contours d’un dialogue national voulu par les autorités militaires de transition pour le mois de mai. Arrivés au pouvoir en avril 2021 à la suite de la disparition tragique du président Idriss Deby Itno, les militaires n’ont pas tenu les délais d’une transition limitée dans le temps. De l’avis du chef du régime provisoire lui-même, le général Mahamat Idriss Déby Itno, beaucoup reste à faire.  

Quelques enseignements : des cinq pays, deux des trois relevant de la région d’Afrique de l’Ouest sont aux prises avec les mouvements djihadistes. Il s’agit du Mali et du Burkina Faso. Leurs relations sont au point mort avec la communauté régionale, et particulièrement Bamako avec Paris. La présence sur le sol malien d’instructeurs russes envenime de plus belle le climat. Même si sur le front militaire son cas est différent, la Guinée n’est pas non plus en odeur de sainteté avec la CEDEAO, alors que Khartoum a quasiment cessé de mobiliser l’attention de la communauté internationale. 

De son côté, N’Djamena se la joue seule. Les ensembles régionaux dont relève le Tchad, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, n’ont pas choisi la controverse des sanctions. On peut volontiers les accuser d’absence de rigueur, elles invoqueront le contexte de l’avènement du régime militaire tchadien actuel. Un président élu n’a pas été évincé en cours de mandat. Tout de même, il faut prier pour que ce pays ne retombe pas dans la spirale des rébellions tentaculaires à l’origine de tant d’épreuves pour son peuple.

Gankama N'Siah

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