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Lundi 13 Décembre 2021 - 8:35

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Pays des droits de l’homme. Nul ne peut enlever à la France ce préjugé favorable étant entendu l’adoption par elle, il y a plus de deux cents ans, du texte fondateur sur les droits de l’homme et du citoyen, dans le même esprit du rejet des atrocités que les Nations unies qui signèrent à leur tour, en 1948, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la Déclaration universelle des droits de l’homme (1). C’est pourtant sur la question du citoyen, quels qu’en soient son lieu de provenance, le nom qu’il porte, la couleur de sa peau, la religion qu’il pratique que se résume dans cette période précédant la présidentielle du début de l’année prochaine en France, l’essentiel du discours de ceux et celles qui veulent hériter le palais de l’Elysée pour les cinq prochaines années. Cette lecture est assez schématique, convenons-en, mais quand il a pour repère l’immigration clandestine ou non, le poids des mots que l’on entend en lien avec le scrutin majeur à venir n’est pas très éloigné de ce constat d’ensemble.

Que ce soient, en effet, les acteurs et actrices qui plaignent une France en passe de perdre sa souveraineté au profit de sa passion d’européanisation, ceux et celles qui la voient prise en étau par des étrangers, ou ceux et celles, au contraire, qui en célèbrent l’ouverture, la vérité est que le pays de la Marseillaise est en quête de cohésion nationale. Des groupements politiques se le disputent sans dissimuler une chose qui saute aux yeux de tous : le manque d’unité entre eux quand bien même, officiellement, on sait la France politiquement structurée entre la droite et la gauche. Avec ses « extrémixités » habituelles dans lesquelles sont souvent rangées les forces de droite ou de gauche qui ne décollent pas dans les moments décisifs des choix électoraux mais se nourrissent d’émotions et d’illusions populaires plus ou moins idéologiquement assumées.

Jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes, le 8 décembre, le président sortant, Emmanuel Macron, n’a soufflé mot sur ses intentions électorales. Dans son rôle de « père » de la nation, pardon si on n’emploie pas ce genre de signifié en France démocratique, il poursuit son travail. On peut dire qu’il sent, voit, entend et n’attendra plus trop longtemps pour mettre le pied dans le plat. Tout le monde sait qu’il veut un second mandat à la tête de son pays. Pour le moment, il s’investit dans les grandes apparitions publiques, mêlant opiniâtreté dans l’exécution de ses charges régaliennes et sens aigu de la communication dans ce qu’elle a de probablement rentable pour un futur candidat-président ayant en mains les commandes de l’Etat. Les périples qu’il effectue ces derniers temps en France même et chez des « amis et partenaires », avec en prime pour ce second volet de mirobolants contrats économiques pour les entreprises de l’hexagone, montrent sa capacité à apporter à la France une part du regard extérieur dont tout pays moderne a besoin pour rayonner à l’international.

Déjà en campagne, ses concurrents ont commencé à juger son bilan, à parler des échecs des politiques publiques du plus jeune président de l’histoire de la France contemporaine élu en 2017. A l’évidence, on est rarement dans le même état d’esprit quand on ne gère pas l’Etat au quotidien. Emmanuel Macron a eu la crise des gilets jaunes qui a failli coûter son départ s’il avait été dans un pays « impatient », prompt à tolérer que les militaires tronquent leurs treillis contre les costumes civils en réparation des torts imputés au président en poste. La rancune des hommes brutalisés par la police, la frustration des policiers attaqués de front et blessés par les manifestants sont peut-être encore en repérage. La crise sanitaire de covid-19 a montré aussi combien, en France, comme dans tous les pays du monde, l’offre de santé est toujours à reconquérir. 

Les contradicteurs d’Emmanuel Macron surfent abondamment sur les braises allumées par ces deux grandes irruptions car même couvées, elles alimentent le débat public dans une France qui n’a jamais cessé de discuter d’elle-même et d’autrui. Pour l’heure, les sondages le donnent en tête devant ses concurrents. Cet avantage virtuel devra être éprouvé par l’entrée de tous les candidats en campagne. Il est clair, par exemple, que Marine Le Pen, son challenger lors du second tour de la présidentielle de 2017, est quelqu’un qu’il connaît à peu près bien depuis qu’il l’avait eue comme interlocutrice dans l’entre-deux tours de ce scrutin. Deuxième dans certains sondages, la présidente du Rassemblement national est désormais talonnée par Éric Zemmour, un homme que l’on croit idéologiquement peu éloigné d’elle. Si les deux qui s’en prennent parfois vertement à Emmanuel Macron chassent sur les mêmes terres, il peut y avoir risque d’émiettement des voix de leurs potentiels électeurs.

En revanche, Emmanuel Macron pourrait avoir du souci à se faire devant la reconstitution de la droite « historique » qui vient de valider la désignation de Valérie Pécresse comme candidate officielle de LR.  En 2017, il avait su se frayer un chemin entre les « gauche » et les « droite » quasiment délabrées. Ce fut un moment de torpeur générale où, coup sur coup, Nicolas Sarkozy avait échoué à se faire adouber par les militants pour représenter Les Républicains à la présidentielle, où le (alors) bien placé François Fillon, pris dans les engrenages de ses ennuis judiciaires, a été éliminé, où François Hollande a réalisé que briguer sa propre succession ne servirait à rien après que son ancien ministre de l’Economie l’avait totalement devancé dans la marche vers l’Elysée.

A l’étape qu’il lui reste à franchir de faire admettre aux Français qu’une dame de conviction peut les diriger, Valérie Pécresse devra reconquérir les électeurs de la droite républicaine. Pour des raisons diverses, certains d’entre eux ont souvent refusé de voter pour la droite « historique » quand ils ne sont pas attirés par les droites de la droite. Il est possible, en avril 2022, que devant le tassement des candidats de gauche emmenés par l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon, l’Ecologiste Yannick Jadot et la PS Anne Hidalgo, le premier tour du scrutin présidentiel embarrasse suffisamment les électeurs français.

Si néanmoins les Français se déplacent en masse et font les jeux de ce tour préliminaire, le même malaise de positionnement pourrait persister. Envisageons Emmanuel Macron au second tour du scrutin, qui de Marine Le Pen, d’Éric Zemmour et de Valérie Pécresse l’accompagnerait ? Quel choix feront les recalés du premier tour pour départager les challengers du sprint final ? Enfin, des deux finalistes lequel conviendra pour imaginer à partir de 2022 une France qui se ne compatira pas d’être devenue « trop accueillante » au point de s’entendre dire par certains de ses acteurs politiques de premier plan qu’elle risque de disparaître ? Au fond, comme d’autres nations puissantes ou non, la France n’est-t-elle pas en butte aux mêmes crises existentielles du monde dans lequel nous vivons ; crises aggravées par le fossé des inégalités qui se creusent à l’échelle des Etats et des continents entre riches et pauvres ? Difficile de conclure !

 

(1) Pour ne pas faire entorse à l’histoire, disons que le Cylindre de Cyrus sur les droits de l’homme, datant de 539 av. Jésus Christ, et la Déclaration des droits anglais adoptée en 1689, sont aussi considérés comme des références dans ce domaine.

 

Gankama N’Siah

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