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USA-Russie: la barre haute

Lundi 21 Juin 2021 - 11:00

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Comme si l'Europe renaissait de ses angoisses existentielles et reprenait à respirer désormais à pleins poumons. L'Europe, disons aussi le G7, l’Otan, et l’Occident dans ce qu’il représente avec ses alliés transcontinentaux d’opposition fondamentale à la Russie et à la Chine, deux empires du bloc ex-communiste toujours en vie et même en santé. La récente tournée européenne du président américain, Joe Biden, a donné à voir des nouvelles ambitions de cette Amérique caricaturée les quatre dernières années par la façon dont elle s’était présentée au reste du monde.

Qu’a-t-on vu ? Du 9 au 16 juin, le successeur de Donald Trump a rempli les réservoirs de son Air Force One pour se rendre sur le Vieux continent visiter ses amis. En commençant tout naturellement par le plus fidèle de tous, le royaume d'Angleterre. N’exagérons rien, mais ces amis étaient en proie à une certaine déprime durant les années Trump. Contrairement aux habitudes ancrées, le grand frère américain s’était mis à leur exiger des cotisations de toutes sortes pour renflouer la cagnotte de leur instrument de défense commune, l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord) ; à leur infliger de lourdes taxes commerciales fragilisant une Europe des vingt-huit déjà affectée par le divorce prononcé par Londres.

Voyage préparé de longue date, Joe Biden n’a pas manqué de faire jouer la communication de haut vol comme les images de périple l’ont révélé. Rencontre et sourire enjoué avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson ; réunion ponctuée d’accolades entre représentants des économies à orientation libérale les plus prospères du monde : Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada. Réception par la reine Elisabeth II, déclarations chocs pendant les sommets Otan/USA-UE, pour rappeler entre autres que l’Amérique est de retour, mais qu’elle ne peut l’assumer entièrement sans l’Europe comme mandataire vis-à-vis des ennemis communs.

Cinq mois après la fin de l’ère trop polémiste de Donald Trump, Washington reconquiert lentement la place qui a toujours été la sienne dans le concert des nations. La première puissance mondiale n’a jamais été faite pour réclamer à ses alliés de mettre la main à la poche de façon égalitaire. Joe Biden vient de rectifier le tir par des annonces fortes et spectaculaires. Durant le sommet de l’alliance atlantique, il a assuré l’Ukraine qui frappe à la porte de celle-ci, que ses frontières seront défendues en cas d’agression extérieure ; lors de celui qui a réuni son pays avec l’Union européenne à Bruxelles, il a décidé de la levée des sanctions commerciales pour cinq ans. 

Au-delà de ces coups de charme millimétrés, le message que le président des Etats-Unis a porté à l’Europe a été celui de la fermeté à l’égard de Moscou et Beijing. Avant même d’avoir rencontré son homologue russe, Vladimir Poutine qu’il connait bien, le locataire de la Maison blanche est passé par tant d’avertissements et d’interpellations : « Je serai clair avec lui ». A bien des égards, on a eu le sentiment que Joe Biden vendait à ses interlocuteurs européens cette « fermeté » contre la Russie en échange de la normalisation qu’il était venu leur étaler. Il y a bien eu un écho favorable à ce chantage diplomatique quand on pense aux déclarations de certains dirigeants européens à l’adresse du chef du Kremlin.

Le 16 juin, à Genève, les présidents Joe Biden et Vladimir Poutine se sont rendus compte d’une chose : ils portent sur leurs épaules l’énorme responsabilité de recommencer la guerre froide pour faire valoir leurs seuls égos. C’est pour cela qu’ils ont commencé par se serrer la main devant les caméras avant de prendre place à deux pour leurs premiers échanges entourés de leurs collaborateurs les plus immédiats en matière diplomatique, le secrétaire d’Etat Antony Blinken pour les Etats-Unis, et le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov pour la Fédération de Russie.

En pleine capacité de se nuire réciproquement, Washington et Moscou peuvent aussi choisir de se respecter mutuellement. C’est pour cela aussi que dans un tel contexte, mettre la barre plus haute pour espérer dicter à l’un et à l’autre la conduite à tenir devant les événements peut s’avérer contreproductif. Cela est connu, entre les deux puissances nucléaires, les sujets de frictions sont d’ordre politique, économique et géostratégique : droits de l’homme, luttes d’influence, cybersécurité, Ukraine, Moyen-Orient, etc., autant d’aires de conflit que sont sans doute venues polluer les accusations d’ingérence russe dans le système démocratique américain.

Au final, en suivant les prises de parole des deux chefs d’Etat lors de leurs conférences de presse séparées, la rencontre de Genève a constitué le point de départ d’un retour au dialogue plus suivi entre Washington et Moscou. La réinstallation des ambassadeurs rappelés chez eux en mars et avril derniers va dans ce sens. La guerre de l’invective qui a souvent caractérisé la relation entre eux n’a pas eu lieu. Il y a plutôt de longues heures d’entretien dont se sont félicités Joe Biden et Vladimir Poutine. Les alliés de l’une et l’autre puissance peuvent à leur tour tirer les leçons qui conviennent de cette reprise. En essayant d’observer les choses avec une certaine retenue.

Gankama N'Siah

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