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Veille électorale

Lundi 28 Décembre 2020 - 11:44

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Des citoyens récupérant leurs cartes d’électeur auprès d’instances appropriées et prêts à se rendre aux urnes pour choisir leurs représentants. Ces images, comme celles montrant les femmes centrafricaines défilant pour la paix, le 25 décembre, à Bangui, ne sont peut-être pas les plus rassurantes devant la menace agitée par des groupes armés de marcher sur la capitale du pays pour faire échec aux élections convoquées hier dimanche 27 décembre. Mais elles témoignent l’engagement des Centrafricaines et des Centrafricains à mettre un terme au recours à la force qui caractérise les successions à la tête de leur nation depuis soixante ans.

La question s’est posée de savoir si, le fait que les deux tiers du territoire centrafricain sont aux mains des rebelles, la présidentielle et les législatives organisées dans ces circonstances ne participent pas de la complication de l’équation du retour à la quiétude. La réalité, évidemment, est que cette partition de fait de la Centrafrique donne aux élections qui se déroulent uniquement une petite portion du pays un caractère sélectif dont la plus grande faiblesse sera la légitimité des autorités élues, le futur président de la République ainsi que les futurs députés à l’Assemblée nationale.

Dans ce cas précis du rapport de force entre le pouvoir central installé à Bangui, et les groupes armés établis quant à eux à l’intérieur du pays, la partition de fait évoquée plus haut tombe sous le coup de la légitimité de fait dans la mesure où dans un pays en période de conflit, la capitale représente le lieu effectif d’exercice du pouvoir. Ce n’est pas pour rien que toutes les tentatives de sa prise par la force aboutissent quand ceux qui en ont l’initiative prennent possession du lieu symbolique de sa légitimation. Ceci expliquant cela, quand ils ont réclamé au dernier moment, mais en vain, le report des élections, les rebelles centrafricains ont engagé l’option militaire de marcher sur Bangui avant d’être stoppés par les Casques bleus de la mission onusienne-Minusca-, et les autres forces venues en soutien des forces armées du pays.

Il n’est pourtant pas lieu pour l’homme ou la femme qui sera élu (e) au sortir de la présidentielle du 27 décembre en Centrafrique de boire promptement un petit lait. Ce sera tomber dans le piège de l’autosatisfaction béate alors que les défis qui se posent à ce pays sont immenses. Le premier sera à nouveau d’appeler au dialogue. Pas un dialogue en forme de cycle infernal de compromis intenables, mais un dialogue qui commencerait par le renoncement au raccourci de la solution militaire par tous. Si en effet avec un peu plus de 11.000 hommes, la force onusienne, en place depuis 2014, ne parvient pas à rendre sa quiétude à la Centrafrique, cela signifie que la solution réside chez les Centrafricains eux-mêmes.

Cette solution ne passe pas par le renflouement de la quinzaine de groupes armés identifiés en armes et munitions. Au contraire, il serait judicieux que ceux qui entretiennent ces milices ne poursuivent pas l’exploitation illicite des richesses de leur pays en présentant les rivalités liées à ces trafics comme une lutte vertueuse pour le développement de la Centrafrique ; que les politiques et l’élite centrafricaine se rappellent que depuis soixante ans, ils n’ont pas souvent tenu compte du mal que les influences extérieures infligent à leur pays les rendant complices à plusieurs titres des malheurs de leurs compatriotes.

C’est pour cela que si l’élection constitue une option démocratique irremplaçable, elle ne saurait être le point final du chemin vers la prospérité. Les Centrafricains ont intérêt à envisager autrement l’avenir de leur pays et rejeter la violence.  

 

Gankama N'Siah

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